Samedi 28 février 2009

BaudelaireLe Voyage

   

À Maxime Du Camp.

                                     I
 
Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
 
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
 
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
 
Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
 
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
 
Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !
 
                                    II
 
Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.
 
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
 
Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’œil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
« Amour... gloire... bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil !
 
Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.
 
Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?
 
Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son œil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.
 
                                    III
 
Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.
 
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.
 
Dites, qu’avez-vous vu ?
 
                                    IV
 
                                    « Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
 
La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.
 
Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !
 
— La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !
 
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? — Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !
 
Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;
 
Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »
 
                                    V
 
Et puis, et puis encore ?
 
                                    VI
 
                                    « Ô cerveaux enfantins !
 
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :
 
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;
 
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;
 
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;
 
L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
« Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! »
 
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
— Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »
 
                                    VII
 
Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !
 
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,
 
Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.
 
Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,
 
Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger
 
Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! »
 
À l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
« Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! »
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.
 
                                    VIII
 
Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !
 
Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Par Lisou
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Lundi 24 novembre 2008

Ô Mer, tempête,

C'est la rage au coeur qu'on te regarde,

Le corps plein d'envie,

d'un désir de vivre fait de violence et d'immensité,

Ces montagnes de mer crient, hurlent, et s'écrasent dans un fracas d'écume,

Si la Mort venait,

On la regarderait droit dans les yeux,

Et on crierait des mots qui se perdraient dans le vent,

avant de se graver dans l'Histoire du Monde.

Car aucun Homme ne fut jamais si Homme.

Aucun Homme ne fut jamais si vivant.

Par Lisou - Publié dans : actualité
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Mercredi 27 août 2008

Paris est morte. Paris n’est plus. Paris fut-elle ?

 

Lorsqu’on vient de la province française, on a de Paris la vision lointaine d’une capitale de Lumières, bouillonnements culturel, professionnel et social. Tout ce qui est « français » y est rassemblé, et même si un français sur six n’habitait pas dans « l’Île », la plus grande partie des journaux télévisés nationaux seraient tout de même concentrés sur Paris.

 

Lorsqu’ensuite on passe de la province française à l’aventure internationale, les questions se font plus pressantes « La France ? Ah, Paris ! Eiffel Tower... ! ». Certains irrémédiables parisiens rencontrés sur la route parviennent même à vous donner des scrupules : « Paris, sa culture ! Les expos ! Le cinéma ! Les bistrots ! ». Au bout d’un moment, on se dit qu’on rate quelque chose.

 

Alors on rentre. Et on attend la révélation.

 

Cela me prit un an, et ce fut le même sentiment que le jour où j’ai découvert que je ne serai jamais « grande ». J’avais attendu. On m’avait menti. Il n’y avait pas de rideau derrière lequel se serait cachée une vie extraordinaire, nouvelle, différente, et plus cohérente. De même, la révélation fut de découvrir que Paris n’était qu’un leurre.

 

A Paris, on trouve de belles demeures datant principalement du dix-neuvième siècle, et des palais reconvertis en musées, en écoles et en universités. Sur les murs des grands bâtiments où il est gravé depuis longtemps « Défense d’afficher », des traces de balles ou d’obus témoignent des combats de la Libération, et parfois une plaque sommaire indique le nom du jeune héros tombé là. On peut se perdre sur les traces de l’Histoire, en déambulant dans les rues du quartier latin sur les talons d’un jeune aristocrate qui semble lui-même surgi d’un de ses bouquins. On peut se régaler des promenades sur les quais au clair de lune, entre les péniches portant des noms d’actrices des années 1950. A Paris, on peut être un touriste. Paris est un musée, le plus cher, le plus grand, le plus beau et le plus fréquenté du monde.

 

Mais « vivre » dans un musée au milieu des vieilleries et diverses antiquailles ne viendrait pas spontanément à l’idée. Pourtant c’est le choix enthousiaste de plus de dix millions de citoyens, libres d’aller où ils veulent, français et étrangers, qui viennent s’agglutiner dans quelques mètres carrés qu’ils gardent péniblement à la sueur de leur front, et pour lesquels ils s’attachent les grâces des établissements de crédit pour le reste de leurs jours. Chaque fois qu’ils prennent le métro, ils se demandent pourquoi ils sont là, et le signalent aux autres par un air furibond et morose contagieux, qui fait que même ceux qui n’en sont pas encore à s’auto-flageller pour vivre dans ce cadre adoptent la même attitude. Le phénomène de groupe est cultivé, dans une foule aussi compressée, et la masse anonyme prend des allures de commère grommelant des sorts et maudissant les éternels piétons sur la gauche de l’escalator. « Des touristes ! »  Partout, des touristes. Personne ne les aime, mais comment être surpris de leur intérêt pour cette ville morte, où même les habitants sont typiques ? L’insupportable parisien qui refuse de répondre au énième « Where is St Sulpice ? » n’est pas un mythe, tout comme les flashs japonais, qui ne manquent jamais de crépiter si on a le malheur de s’embrasser à la Doisneau sur un pont.

 

La vérité, c’est que les parisiens sont aigris. La ville morte les obsède et les rend fous. Fous esseulés qui passent parfois à l’attaque des jeunes filles, ou murmurent des mots incompréhensibles entre leurs lèvres.

 

La foule isole, ce n’est pas un mystère. Notre société aseptisée a d’abord séparé les familles, puis les couples, avant d’abrutir la volonté de l’individu même, qui reste là, malheureux, vieillissant, et seul. A partir de vingt-cinq ans, il est de bon ton de se procurer des amis artificiels et aseptisés, eux aussi. Internet, plate-forme mondiale, qui ne sert qu’à faire communiquer les voisins, est alors le lieu de prédilection de la chasse sous-marine, la chasse sécurisée par des pseudos héroïques. Issus de la génération pré-Disney, ils ont les idéaux de leurs parents, sans le réalisme de leurs enfants, ils sont l’entre-époque, la génération déséquilibrée qui n’a pas eu le temps de s’adapter à son temps. Ils sont la génération moyenne, qui a pondu le Seigneur des Anneaux et sa création d’un monde meilleur, ailleurs. Plus que l’imagination, ils ont choisi la fuite. Ils refusent sobrement la politique, le capitalisme, le dynamisme entrepreneurial, et vivotent dans un bureau, entre deux tasses de caméra-café. Ils sont râleurs, mais ne changent jamais rien,  maigrichons et fréquentent pourtant les salles de gym. Ils font tout à moitié, parce qu’ils sont blasés avant d’avoir commencé. Ils sont vieux avant trente ans, pathétiques images d’un futur déjà révolu. Ils sont tels que la ville les a faits : gris. 

 

Il n’y a plus de désir à Paris.

Par Lisou - Publié dans : actualité
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Mardi 19 février 2008
Apres une longue absence, je pense qu'un petit retour sur les derniers evenements s'avere necessaire.
La poursuite de mes etudes m'ayant rappelee en France, je mets a profit mon nouveau quartier general parisien pour profiter des nombreuses offres low cost vers les pays europeens.

Decembre m'a donc permis de visiter Sarajevo, en Bosnie, ex-Yougoslavie, pour ceux qui voudraient prendre la peine d'observer cet eclatement balkanique sur une carte. Une ville que l'on connait surtout sous le signe de la guerre, puisque c'est la que l'archiduc Francois-Ferdinand, heritier du trone d'Autriche-Hongrie, qui aurait donc du succeder a Francois Joseph (le mari de Sissi), fut assassine par un nationaliste serbe, provoquant ainsi le debut de la Premiere Guerre mondiale. Le pont de son assassinat est aujourd'hui l'une des attractions "touristiques" de la ville. Sarajevo est egalement connue pour une guerre plus recente, suite a l'eclatement de la Yougoslavie, et le refus des Serbes d'accepter l'independance de la Bosnie Herzegovine. Une guerre sanglante entre Serbes , Bosniaques et Croates s'est donc engagee, melant revendications ethniques et religieux. Pour ceux qui sont nes dans les annees 1980, comme c'est mon cas, Sarajevo evoque donc nos premiers journaux televises, qui ne cessaient de relater que des "charniers avaient ete decouverts", ou que "l'horreur des camps avait recommence". On parlait de genocide, de meurtres, de viols, de torture. Le tribunal pour l'ex-Yougoslavie eut en effet fort a faire. Anyway, c'est sous le signe de la destruction que semblait se placer cette ville, et quelles que soient les raisons qui m'y ont poussee, Sarajevo ne ressemble a rien de ce qu'on pourrait en attendre.

Le centre ville regroupe une architecture heteroclite datant de la periode austro-hongroise, de la periode ottomane, et de la periode communiste. C'est donc au centre ville que nous avons pose nos sacs de pseudo-backpackers. Il faut noter que nous avons change 3 fois de guesthouse parce que c'etait le nouvel an et que tous les hotels etaient bookes par des croates en vacances... Le centre ville est etonnament plein de lieux de culte de diverses religions, qui s'affrontaient encore il y a 10 ans. Des mosques, des synagogues, des eglises catholiques et orthodoxes se font face dans les memes rues, et le son des cloches trouve echo dans l'appel du muezzin. Etrange donc comme l'harmonie semble regner ici, mais je ne saurai tirer de conclusion reelle, car les apparences sont parfois trompeuses... Pour ce qui est du reste de la ville, qui est sans doute le plus interessant, l'architecture froide et monocorde propre aux pays communistes prend le dessus. C'est egalement hors du centre que l'on trouve les traces de la guerre des annees 1990: des maisons bombardees, des traces de balles dans les murs, des chantiers anciens abandonnes... Aux fantomes des bombardements, qui hantent encore les murs ecroules, je dedie cette article.

Tout autour de la ville s'elevent des montagne enneigees, qui comptent apparemment quelques bonnes stations de ski, depuis l'organisation des JO d'hiver en 1984. La ville s'etend donc dans la vallee et a flanc de colline. De petites ruelles tortueuses rappellent les villages alpins. 

La vie nocturne est assez developpee et de nombreux bars nous ont accueillis par des musiques locales ou occidentales. Les filles sont fardees comme des poufs et j'ai l'air de rentrer d'une journee de ski, avec un blouson qui me fait ressembler au bonhomme michelin... French style huh?... Nous rencontrons Emre, Johnny, Nikolaus et Lisi, respectivement Turc, Canadien, et Autrichiens. Vive couchsurfing.com qui nous a permis de ne pas passer notre derniere nuit dehors par un froid polaire de -15C°!


Par Lisou - Publié dans : actualité
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Samedi 15 décembre 2007

Un ami a disparu à Barcelone.

Originaire de Lampaul Guimiliau, étudiant à l'UBO à Brest.

Faites passer l'adresse de ce blog:

http://romainlannuzel.over-blog.com/

Il y a des photos, avec un peu de chance quelqu'un le reconnaitra et pourra peut être donner des infos à sa famille.

Merci.

L

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