Lisou abroad
No need to love just to live

Ô Mer, tempête,
C'est la rage au coeur qu'on te regarde,
Le corps plein d'envie,
d'un désir de vivre fait de violence et d'immensité,
Ces montagnes de mer crient, hurlent, et s'écrasent dans un fracas d'écume,
Si la Mort venait,
On la regarderait droit dans les yeux,
Et on crierait des mots qui se perdraient dans le vent,
avant de se graver dans l'Histoire du Monde.
Car aucun Homme ne fut jamais si Homme.
Aucun Homme ne fut jamais si vivant.
Paris est morte. Paris n’est plus. Paris fut-elle ?
Lorsqu’on vient de la province française, on a de Paris la vision lointaine d’une capitale de Lumières, bouillonnements culturel, professionnel et social. Tout ce qui est « français » y est rassemblé, et même si un français sur six n’habitait pas dans « l’Île », la plus grande partie des journaux télévisés nationaux seraient tout de même concentrés sur Paris.
Lorsqu’ensuite on passe de la province française à l’aventure internationale, les questions se font plus pressantes « La France ? Ah, Paris ! Eiffel Tower... ! ». Certains irrémédiables parisiens rencontrés sur la route parviennent même à vous donner des scrupules : « Paris, sa culture ! Les expos ! Le cinéma ! Les bistrots ! ». Au bout d’un moment, on se dit qu’on rate quelque chose.
Alors on rentre. Et on attend la révélation.
Cela me prit un an, et ce fut le même sentiment que le jour où j’ai découvert que je ne serai jamais « grande ». J’avais attendu. On m’avait menti. Il n’y avait pas de rideau derrière lequel se serait cachée une vie extraordinaire, nouvelle, différente, et plus cohérente. De même, la révélation fut de découvrir que Paris n’était qu’un leurre.
A Paris, on trouve de belles demeures datant principalement du dix-neuvième siècle, et des palais reconvertis en musées, en écoles et en universités. Sur les murs des grands bâtiments où il est gravé depuis longtemps « Défense d’afficher », des traces de balles ou d’obus témoignent des combats de la Libération, et parfois une plaque sommaire indique le nom du jeune héros tombé là. On peut se perdre sur les traces de l’Histoire, en déambulant dans les rues du quartier latin sur les talons d’un jeune aristocrate qui semble lui-même surgi d’un de ses bouquins. On peut se régaler des promenades sur les quais au clair de lune, entre les péniches portant des noms d’actrices des années 1950. A Paris, on peut être un touriste. Paris est un musée, le plus cher, le plus grand, le plus beau et le plus fréquenté du monde.
Mais « vivre » dans un musée au milieu des vieilleries et diverses antiquailles ne viendrait pas spontanément à l’idée. Pourtant c’est le choix enthousiaste de plus de dix millions de citoyens, libres d’aller où ils veulent, français et étrangers, qui viennent s’agglutiner dans quelques mètres carrés qu’ils gardent péniblement à la sueur de leur front, et pour lesquels ils s’attachent les grâces des établissements de crédit pour le reste de leurs jours. Chaque fois qu’ils prennent le métro, ils se demandent pourquoi ils sont là, et le signalent aux autres par un air furibond et morose contagieux, qui fait que même ceux qui n’en sont pas encore à s’auto-flageller pour vivre dans ce cadre adoptent la même attitude. Le phénomène de groupe est cultivé, dans une foule aussi compressée, et la masse anonyme prend des allures de commère grommelant des sorts et maudissant les éternels piétons sur la gauche de l’escalator. « Des touristes ! » Partout, des touristes. Personne ne les aime, mais comment être surpris de leur intérêt pour cette ville morte, où même les habitants sont typiques ? L’insupportable parisien qui refuse de répondre au énième « Where is St Sulpice ? » n’est pas un mythe, tout comme les flashs japonais, qui ne manquent jamais de crépiter si on a le malheur de s’embrasser à la Doisneau sur un pont.
La vérité, c’est que les parisiens sont aigris. La ville morte les obsède et les rend fous. Fous esseulés qui passent parfois à l’attaque des jeunes filles, ou murmurent des mots incompréhensibles entre leurs lèvres.
La foule isole, ce n’est pas un mystère. Notre société aseptisée a d’abord séparé les familles, puis les couples, avant d’abrutir la volonté de l’individu même, qui reste là, malheureux, vieillissant, et seul. A partir de vingt-cinq ans, il est de bon ton de se procurer des amis artificiels et aseptisés, eux aussi. Internet, plate-forme mondiale, qui ne sert qu’à faire communiquer les voisins, est alors le lieu de prédilection de la chasse sous-marine, la chasse sécurisée par des pseudos héroïques. Issus de la génération pré-Disney, ils ont les idéaux de leurs parents, sans le réalisme de leurs enfants, ils sont l’entre-époque, la génération déséquilibrée qui n’a pas eu le temps de s’adapter à son temps. Ils sont la génération moyenne, qui a pondu le Seigneur des Anneaux et sa création d’un monde meilleur, ailleurs. Plus que l’imagination, ils ont choisi la fuite. Ils refusent sobrement la politique, le capitalisme, le dynamisme entrepreneurial, et vivotent dans un bureau, entre deux tasses de caméra-café. Ils sont râleurs, mais ne changent jamais rien, maigrichons et fréquentent pourtant les salles de gym. Ils font tout à moitié, parce qu’ils sont blasés avant d’avoir commencé. Ils sont vieux avant trente ans, pathétiques images d’un futur déjà révolu. Ils sont tels que la ville les a faits : gris.
Il n’y a plus de désir à Paris.
Un ami a disparu à Barcelone.
Originaire de Lampaul Guimiliau, étudiant à l'UBO à Brest.
Faites passer l'adresse de ce blog:
http://romainlannuzel.over-blog.com/
Il y a des photos, avec un peu de chance quelqu'un le reconnaitra et pourra peut être donner des infos à sa famille.
Merci.
L
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