lundi 28/08/2006
Je reviens d'un week end de folie! Vendredi soir, soirée tranquille,
resto, bar, samedi soir, anniversaire sur un bateau sur le Mekong.
Retour chez Charlotte, puis fin de soirée au Lounge (sorte de boite
gratuite). Coucher 5h, lever 7h pour un départ à la campagne dimanche
matin. Je reviens la dessus après. Dimanche soir, cours de danse khmère:
une petite princesse qui me donne des cours, c'est très dur parce qu'on
est pas habitué à ces mouvements, et on a des crampes terribles au bout
de 5 minutes! J'ai donc trouvé pire que les pointes pour les pieds. Et
encore j'ai de la chance, j'ai déjà les articulations cassées comme il
faut. Elle m'a dit que j'apprendrai beaucoup plus vite. En tout cas ça
me fait un bien fou de refuser tous les diners de la semaine en disant:
"non je peux pas j'ai danse"! Finalement c'est comme à la maison...
j'ai aussi déménagé chez une fille qui m'accueille jusqu'à ce que je
trouve un appart: grand, climatisé, et eau chaude. Le luxe.
ça c'est pour le coté plaisant.
Sinon samedi j'ai visité Tuol Sleng. C'est le musée du crime génocidaire
à Phnom Penh. Pour ceux qui ne le sauraient pas, en 1975 une
organisation communiste appelée les Khmers Rouges, ont pris le pouvoir
par la force, et ont entrepris d'exiler ou de tuer tous ceux qui ne
correspondaient pas à leur ideal, c'est-a-dire tous ceux qui vivaient
dans les villes et tous ceux qu'ils soupçonnaient de ne pas être
d'accord avec eux. La ville de Phnom Penh fut vidée en une journée, et
les habitants jetés sur les routes vers leurs campagnes natales, menacés
par des baionnettes. (Je corrige actuellement les mémoires d'un khmer
qui raconte cette période). Donc ce musée est en fait l'enceinte dans
laquelle les Khmers rouges enfermaient et torturaient leurs prisonniers.
Leur sens du pragmatique a voulu que cette charmante institution se base
dans une ancienne école. Ce musée est donc, non pas une exposition
d'oeuvres d'art ou de photos, mais un lieu d'horreur laissé tel quel par
les Khmers Rouges à leur départ en 1979. Les cellules et les objets
qu'on y trouve ne laissent aucune ambiguité sur la nature des activités
pratiquées là. Dans chaque pièce, la photo de celui ou celle qu'on a
trouvé là à l'ouverture de la prison. Morts la plupart du temps,
mutilés, perdus. Des hommes, des femmes, des enfants. Les mères à qui on
prenaient et tuaient les bébés pour leur faire dire ce qu'elles ne
savaient pas. Des milliers d'innocents. Il y a 30 ans. Aujourd'hui. Tous
les jours dans le monde. Il n'y a pas de frontière à la barbarie. Il y a
encore des traces de sang sur les murs, par terre, partout. Des traces
de mains des suppliciés. Il semble qu'ils sont partis hier. Beaucoup de
gens parlent des fantomes de Tuol Sleng. On les fait revivre par des
milliers de visages, les photos des prisonniers, car ici, comme dans
l'allemagne nazie, on comptait et enregistrait les prisonniers. Ici, vu
l'époque on y a ajouté les photos. Il n'y a pas de mots pour décrire
Tuol Sleng, comme il n'y a jamais de mots pour décrire une terreur aussi
présente. Les cambodgiens sourient et portent pourtant une histoire trop
encombrante pour eux. Ici on a pas la pudeur des allemands pour les
camps: les os entassés dans des vitrines, des peintures d'un ancien
prisonnier pour décrire les pratiques des bourreaux, et puis le sang
partout. Mais dans la cour, au milieu de ces visions d'horreur, à
l'image de ce pays, des enfants jouaient au cerf-volant.
Dimanche, je suis allée dans un village à une trentaine de kilomètres de
PP, par des pistes défoncées. Nous étions accompagnés par Sarran,
chirurgien Khmer, qui s'est donné pour mission de faire revivre un
village. Il a acheté les terrains, pour pouvoir y creuser des puits et
des réserves d'eau. Il a bati des ateliers pour apprendre aux jeunes la
sculpture, le tissage et la menuiserie. En ce moment, il construit une
bibilothèque pour les écoles environnantes. Il organise l'école, car
après les travaux dans les champs, les petits ne venaient pas apprendre.
Alors il distribue des repas le midi et le soir, pour qu'ils viennent à
l'école entre les travaux dans les rizières. Si vous souhaitez
contribuer à la construction des réserves d'eau, ou envoyer des livres
pour la bibliothèque, n'hésitez pas à me contacter. Au passage, nous
nous sommes arrêtés dans une carrière de pierre où les travailleurs
sont
des enfants de 4 à 10 ans environ. On avait apporté du pain et des
nouilles pour eux. Certains sont genés de distribuer comme ça, mais
quand on voit ces visages qui ont faim, il est difficile de ne pas
vouloir les aider. Ils gagnent 2000 riels par jour (15 dolls par mois=
11 euros par mois), ce qui leur permet à peine de se nourrir chaque
jour. Dans ce contexte, inutile d'espérer faire des économies pour
trouver mieux. Avec l'équivalent d'un bon resto en France, vous
nourrissez un enfant pendant un an. Ce n'est pas triste, c'est comme ça.
C'est pas juste. Mais il y plein de choses qui ne sont pas justes. Et
les Cambodgiens sourient, sans doute plus que nous.
Voilà, un week end chargé de nouveautés et d'émotions. C'est un pays
magnifique.
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