Lundi 11 septembre 2006
11/08/2006, ambassade de France, phnom penh. Je reviens d’un week-end chargé une fois de plus. Vendredi soir, dîner chez le deuxième conseiller, plutôt ambiance boulot donc. Après sortie au Pontoon, puis au Lounge, puis je ne sais plus parce que les soirées se ressemblent un peu toutes à force, même si les gens sont toujours aussi sympa. Mention spéciale pour le Rock, boite khmère, au concept un peu surprenant. Ici, les filles ne doivent pas montrer leur épaules par exemple, mais elles sont toutes en mini-jupes ! pareil, en boite, ils ne dansent jamais des trucs à deux, et pour les slows il faut être à au moins 50 cm l’un de l’autre. A coté de ça, il y un défilé de mannequins en bikini sur le podium. Pour la musique ce sont des groupes et des chanteurs khmers qui se relayent. Au dessus de la scène : un grand écran où passe un match de foot !!! Soirée très sympa donc, embarquée par un copain khmer francophone. Dimanche, déjeuner chez le conseiller économique de l’ambassade. Piscine sur la terrasse, devant le Mékong. En bas de la terrasse, il y a des maisons sur pilotis en taule, où vivent des familles entières au milieu des ordures. Nous étions au champagne. Une vie de rois. Mais elle laisse parfois un goût amer. PS: pour ceux qui m'ont posé la question: je me suis résignée à m'occuper des cafards toute seule, faute de chevalier servant. et je n'ai toujours pas trouvé de chocolat en poudre pour un chocolat chaud le matin, ce qui fait que je suis exécrable tous les matins...
Par Lisou - Publié dans : texte d'accueil
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Jeudi 7 septembre 2006
06/08/2006, Ambassade de France, Phnom Penh Petit résumé de mon week end à Bangkok. Départ samedi matin à 6h30 de Phnom Penh. L’avion a bien failli ne pas décoller, on se serait crus dans « La chèvre », avec une envie de dire « pourquoi il décolle pas c’putain d’avion ». Il paraît que c’est normal… La ville ne m’a pas du tout plu (et ce n’est pas seulement la fatigue qui me fait dire ça). En gros c’est : des voitures, des buildings, des taxis roses fuchsia et des pots d’échappement qui crachent. Donc pour moi ça a été plutôt week end shopping (mention spéciale pour le marché Chakutchak, ou j’ai trouvé tout un tas de trucs qui me manquaient), ciné (le dernier film de Ken Loach : en bonnes « filles », on est toutes sorties en pleurant), et pas de boite pour moi parce que c’était un peu cher (300 bahts= 10 dolls) pour mes finances (rappelons que les stagiaires MAE ne sont pas payés, contrairement aux stagiaires Minefi L…). Donc voilà, je ne suis pas allée au Bed (boite bien connue de BKK), mais me coucher pour demeurer « fraiche et charmante » (cette expression n’est pas de moi) le lundi matin. Un lundi matin un peu précipité d’ailleurs puisque l’avion est arrivé en retard. Ensuite problème de visa, j’ai du le refaire à l’aéroport, tout ça pour arriver overstressée devant mon nouveau boss (nous l’appellerons Louis ici), qui m’a fait remarqué que je n’étais absolument pas en retard puisque j’étais là depuis 2 semaines. Il semblerait qu’une âme amicale qui se reconnaîtra lui a (ou ait, c’est quoi le bon temps ??) parlé de moi en bons termes, ce qui a, d’emblée, facilité la communication. Merci RM ! Pour ce qui concerne le boulot donc, les choses se précisent tout en restant très obscures. Pour l’instant j’essaye de m’imprégner des dossiers et des projets en cours, tâche fastidieuse étant donné les trésors d’ingéniosité des administrations pour parler en sigles, en codes ou en un langage le plus général possible, de manière que chacun puisse y voir ce qu’il veut. C’est un style auquel on s’habitue et auquel on prend goût même, de sorte que les mots peuvent paraître aimables sans chichis, intelligents sans tralala, et au moins aussi clairs que mon escalier d’immeuble. Parce j’y viens ! j’ai trouvé un appart ! (vous avez vu cette transition de ouf ?) A vrai dire, je l’avais trouvé depuis longtemps parce que c’est le tout premier que j’avais visité, mais je préférais prendre un truc en coloc. Finalement l’autre fille (nous l’appellerons Julie) préfère attendre donc, I’ve got it ! 100m2 (ne pousse pas des cris guillaume). 200dolls. Eau chaude. Déco de folie (franchement trop joli j’aurai pas fait mieux :… « non les gars, ça ne dépend pas des gouts et des couleurs, il y a un bon gout et un mauvais gout ! »). Je l’ai inauguré hier soir et aujourd’hui j’ai commencé à vraiment l’aménager. J’ai fait l’acquisition d’un frigo, et d’une panoplie de nettoyage et d’insecticide conséquente. Je m’y suis mise de gaieté de cœur, mais le désespoir m’a quelque peu submergé devant l’ampleur de la tache (surtout qu’ici pas d’aspi ! les araignées tu les écrases comme tu peux). 100m2 c’est bien. Mais c’est grand. Bref je n’ai toujours pas fini. J’ai failli faire une crise cardiaque devant mon premier cafard (j’en ai jamais vu en France mais là il faisait au moins 10cm, je sais pas si c’est la taille standard ou un king size, mais je l’ai noyé d’insecticide (c’est coriace en plus ces trucs là) avant de l’écraser en fermant les yeux avec un manche à balai. Néanmoins, j’en profite pour passer une annonce : « RECHERCHE TOUTE PERSONNE SUCEPTIBLE DE VENIR PRENDRE LE CAFARD MORT ET LE JETER TRES LOIN » parce qu’il est toujours près de ma porte d’entrée… Sérieusement je me crois à la Cherbonnais le jour de l’emménagement… et certains d’entre vous savent ce que ça veut dire ! Pourtant je ne suis vraiment pas maniaque, hein Guigui ? Tant que je suis dans les annonces j’en profite : Manon et Valérie, votre mail m’a beaucoup touchée, même si je n’ai pas encore eu le temps d’y répondre. Les sciencespo voyageurs, s’il y a des motivés, on va peut-être faire un trip au Laos en novembre. Les girls (pour ceux qui on suivi depuis le début), prenez soin de vous, même quand je ne suis pas là pour descendre vos mecs. Roland, prend garde à l’eau qui dort. Pour tous ceux qui savent que je pense à eux tout le temps, je vous envoie plein de baisers. Lison
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Lundi 28 août 2006
lundi 28/08/2006 Je reviens d'un week end de folie! Vendredi soir, soirée tranquille, resto, bar, samedi soir, anniversaire sur un bateau sur le Mekong. Retour chez Charlotte, puis fin de soirée au Lounge (sorte de boite gratuite). Coucher 5h, lever 7h pour un départ à la campagne dimanche matin. Je reviens la dessus après. Dimanche soir, cours de danse khmère: une petite princesse qui me donne des cours, c'est très dur parce qu'on est pas habitué à ces mouvements, et on a des crampes terribles au bout de 5 minutes! J'ai donc trouvé pire que les pointes pour les pieds. Et encore j'ai de la chance, j'ai déjà les articulations cassées comme il faut. Elle m'a dit que j'apprendrai beaucoup plus vite. En tout cas ça me fait un bien fou de refuser tous les diners de la semaine en disant: "non je peux pas j'ai danse"! Finalement c'est comme à la maison... j'ai aussi déménagé chez une fille qui m'accueille jusqu'à ce que je trouve un appart: grand, climatisé, et eau chaude. Le luxe. ça c'est pour le coté plaisant. Sinon samedi j'ai visité Tuol Sleng. C'est le musée du crime génocidaire à Phnom Penh. Pour ceux qui ne le sauraient pas, en 1975 une organisation communiste appelée les Khmers Rouges, ont pris le pouvoir par la force, et ont entrepris d'exiler ou de tuer tous ceux qui ne correspondaient pas à leur ideal, c'est-a-dire tous ceux qui vivaient dans les villes et tous ceux qu'ils soupçonnaient de ne pas être d'accord avec eux. La ville de Phnom Penh fut vidée en une journée, et les habitants jetés sur les routes vers leurs campagnes natales, menacés par des baionnettes. (Je corrige actuellement les mémoires d'un khmer qui raconte cette période). Donc ce musée est en fait l'enceinte dans laquelle les Khmers rouges enfermaient et torturaient leurs prisonniers. Leur sens du pragmatique a voulu que cette charmante institution se base dans une ancienne école. Ce musée est donc, non pas une exposition d'oeuvres d'art ou de photos, mais un lieu d'horreur laissé tel quel par les Khmers Rouges à leur départ en 1979. Les cellules et les objets qu'on y trouve ne laissent aucune ambiguité sur la nature des activités pratiquées là. Dans chaque pièce, la photo de celui ou celle qu'on a trouvé là à l'ouverture de la prison. Morts la plupart du temps, mutilés, perdus. Des hommes, des femmes, des enfants. Les mères à qui on prenaient et tuaient les bébés pour leur faire dire ce qu'elles ne savaient pas. Des milliers d'innocents. Il y a 30 ans. Aujourd'hui. Tous les jours dans le monde. Il n'y a pas de frontière à la barbarie. Il y a encore des traces de sang sur les murs, par terre, partout. Des traces de mains des suppliciés. Il semble qu'ils sont partis hier. Beaucoup de gens parlent des fantomes de Tuol Sleng. On les fait revivre par des milliers de visages, les photos des prisonniers, car ici, comme dans l'allemagne nazie, on comptait et enregistrait les prisonniers. Ici, vu l'époque on y a ajouté les photos. Il n'y a pas de mots pour décrire Tuol Sleng, comme il n'y a jamais de mots pour décrire une terreur aussi présente. Les cambodgiens sourient et portent pourtant une histoire trop encombrante pour eux. Ici on a pas la pudeur des allemands pour les camps: les os entassés dans des vitrines, des peintures d'un ancien prisonnier pour décrire les pratiques des bourreaux, et puis le sang partout. Mais dans la cour, au milieu de ces visions d'horreur, à l'image de ce pays, des enfants jouaient au cerf-volant. Dimanche, je suis allée dans un village à une trentaine de kilomètres de PP, par des pistes défoncées. Nous étions accompagnés par Sarran, chirurgien Khmer, qui s'est donné pour mission de faire revivre un village. Il a acheté les terrains, pour pouvoir y creuser des puits et des réserves d'eau. Il a bati des ateliers pour apprendre aux jeunes la sculpture, le tissage et la menuiserie. En ce moment, il construit une bibilothèque pour les écoles environnantes. Il organise l'école, car après les travaux dans les champs, les petits ne venaient pas apprendre. Alors il distribue des repas le midi et le soir, pour qu'ils viennent à l'école entre les travaux dans les rizières. Si vous souhaitez contribuer à la construction des réserves d'eau, ou envoyer des livres pour la bibliothèque, n'hésitez pas à me contacter. Au passage, nous nous sommes arrêtés dans une carrière de pierre où les travailleurs sont des enfants de 4 à 10 ans environ. On avait apporté du pain et des nouilles pour eux. Certains sont genés de distribuer comme ça, mais quand on voit ces visages qui ont faim, il est difficile de ne pas vouloir les aider. Ils gagnent 2000 riels par jour (15 dolls par mois= 11 euros par mois), ce qui leur permet à peine de se nourrir chaque jour. Dans ce contexte, inutile d'espérer faire des économies pour trouver mieux. Avec l'équivalent d'un bon resto en France, vous nourrissez un enfant pendant un an. Ce n'est pas triste, c'est comme ça. C'est pas juste. Mais il y plein de choses qui ne sont pas justes. Et les Cambodgiens sourient, sans doute plus que nous. Voilà, un week end chargé de nouveautés et d'émotions. C'est un pays magnifique.
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Vendredi 25 août 2006
25 août 2006, 11h15, ambassade de France Ce matin, visite dans un laboratoire monté par un français, en prévision de la visite de Perben ce week-end. L’organisation d’une visite ministérielle pendant la mousson s’avère difficile… Sinon, je corrige actuellement les mémoires d’un khmer qui travaille à l’ambassade, et qui a écrit sur la période khmer rouge, durant laquelle il a perdu toute sa famille. Beaucoup de gens ici portent encore, en silence, les stigmates de leur histoire, parfois dans la chair. Il y a eu beaucoup de torture sous Pol Pot. Partout des diplômés qualifiés travaillent comme sous-fifres pour les occidentaux ou pour des jobs moins gratifiants mais mieux payés. Je viens d’apprendre que de nombreux gardes de l’entrée de l’ambassade sont des professeurs de français universitaires ! Ici rien ne semble à sa place et tout paraît normal. Nous vivons dans notre bulle en tant qu’expat : lorsqu’on prend un verre pour 2 dollars, qui nous paraissent ridicules, c’est quatre jours de salaire pour un cambodgien moyen. On ne se rend pas compte que pendant qu’on dort dans un lit, ceux qui portent leur uniforme ou leur vêtements de serveur la journée, dorment par terre devant une porte la nuit. Je pense qu’il existe une autre réalité que celle que nous montre les apparences. Les étudiants, qui nous semblent comme nous, travaillent toute la nuit comme moto-dop pour payer leurs études, et la plupart ne trouveront pas de travail meilleur avec leur diplôme. Un simulacre de notre monde. Une pâle copie, pour un pays si attachant. Je n’ai pas ici, comme c’était le cas en Roumanie, l’impression que l’espoir est là. J’ai l’impression que les Cambodgiens sont trop occupés à vivre et manger chaque jour, pour se préoccuper de l’avenir et de la corruption de leur pays. Ces questions sont réservées à une élite pour l’instant, et portées par les étrangers qui travaillent ici. Sinon je pars à Bangkok avec des copines le week-end prochain. Objectifs : visite des temples, shopping et soirées. Retour le lundi matin directement à l’ambassade avec le nouveau boss! Je commence à chercher mon autre stage après mars aussi. C’est quasiment sûr que je le ferai à l’étranger, sauf changement de programme majeur. Je cherche en Asie du Sud-Est. Voilà les dernières news ! J’espère que tout va bien pour vous, et j’attend qui veut, pour visiter ce petit coin du bout du monde qui a tant de choses à montrer.
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Lundi 21 août 2006
Phnom Penh, lundi 21 août 2006 Voilà une semaine que je suis ici. Pas de doute cette ville est un trésor de surprises. Je pense que la phrase qui résume le mieux le Cambodge, c’est celle qu’on me répète tout le temps : « tu n’es pas au bout de tes surprises ici ! » J’apprends à négocier le prix des moto-dops. A moins d’1 dollar la course dans toute la ville, j’ai l’impression de profiter d’eux, mais tout le monde me dit que c’est moi qui me fait arnaquer, sachant qu’un cambodgien paye moins d’un demi doll. On ne m’enlèvera pas de l’idée que dans l’histoire, vu le pouvoir d’achat des occidentaux ici, c’est eux qui se font avoir mais bon…. C’est sans doute l’influence de l’IEP de Rennes, qui me fait dire qu’il faut faire la révolution par les motos-dops ! Ici, tous les repères changent. Je suis incapable de voir dans cette ville si l’on manque plus d’égalité ou de liberté ;-), car il manque tellement de tout…. Il est étrange de voir à quel point on mène une vie de princes. La vie semble facile, et je sais que c’est un piège dans lequel il ne faut pas tomber, car ici les enfants meurent de faim dans les rues, et on les regarde crever sans rien dire, parce que « que peut-on faire ? c’est comme ça, on ne résout pas la misère du monde par des bons sentiments ». Il faut voir pour comprendre l’Asie. Une semaine seulement et déjà j’aime cette ville. On s’y sent bien parce que c’est un bordel innommable, parce que tout est une surprise, parce que quand on rentre en moto-dop alors que la nuit tombe, que l’air chaud est putride et que votre chauffeur ne sait absolument pas où il doit vous emmener, on sait que tout est possible. Il n’y a pas de limites à la volonté, pas de limite à l’extraordinaire. Cette liberté est un don pour ceux qui peuvent en profiter, et une montagne immense pour ceux qui, d’en bas, la contemplent sans même espérer voir un jour l’autre versant. C’est un pays tout en contrastes, qui se redécouvre chaque jour, même pour ceux qui y vivent depuis des années. Il y a beaucoup de choses à changer ici, d’ailleurs en ce moment un scandale politique couve, tandis que le chef de la police, accusé de nombreux crimes, a livré les noms des grands corrompus du pays, dans une interview à l’Express. Il faut parler bien sur de la communauté des expats. Les expatriés européens et autres occidentaux passent beaucoup de temps ensemble, car les khmères sont si différents qu’il est difficile d’entrer dans leur monde… je ne désespère pas cependant, et je pense qu’avec le travail que je vais faire, j’aurai davantage l’occasion de les côtoyer. Je parlais donc des expats. Le cambodge est une autre planète que la France, certes, mais il y aussi un monde entre les expats et les français. Personne ici n’envisage d’arrêter de voyager. Tous vont et viennent en permanence d’un boulot à l’autre, d’un pays à l’autre, et tous ont des rêves plein les yeux, des voyages plein la tête. Ici si tu n’as pas fait une trentaine de pays, c’est que tu n’as pas encore eu le temps. Je suis allée voir un spectacle de danse traditionnelle et d’ombres. Magnifique, poignant, superbe. Des costumes brodés à la mains, des masques chamarrés, des filles splendides. Je me suis renseignée pour des cours de danse khmère. Ce sont des cours particuliers, pas très chers. Je commencerai dès que j’aurai trouvé un appart. Idem pour les cours de khmère. Petite mention du film Holy Lola : il est tourné ici, dans l’hotel où je réside jusqu’à demain. On y voit très bien mon hotel et les patrons. Cela donne une bonne image de la ville également si on se donne la peine de regarder un peu autour des personnages.
Par Lisou - Publié dans : actualité
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