Lisou abroad
No need to love just to live

Apres un bon mois de silence, je reprends la plume pour raconter un peu les evenements qui rythment ma vie indienne.
Pour les visites, nous avons eu Pierre et Coco qui n'ont pas vu grand chose de Calcutta du fait de diverses maladies plus ou moins imaginaires (mon cher cousin est quand meme reste couche deux jours a cause de la pollution!!!). Mais bon j'etais ravie de les voir! un petit air rennais dans ce bordel indien, c'est comme un peu de stabilite au milieu des sables mouvants.
Ensuite, il y a eu Dominique, "Maman" pour les intimes, qui a eu quelques problemes avec son nom ici: pour le simplifier, notamment pour les enfants d'Ashalayam, elle disait s'appeler Dom (moi mon nom ici c'est Lily), ce qui provoquait immanquablement des eclats de rires, puisque Dum Dum ici, c'est l'aeroport. D'un autre cote tous les gens de la rue de nos hotels (Sudder Street) l'appelaient "Mummy" ou "Mother", parce que c'etait la seule maman de tous les jeunes a etre venue jusqu'ici. Cette visite me vaut d'ailleurs l'amitie de tous les indiens du coin, car c'est beaucoup plus normal et respectable pour eux une fille qui vient avec sa maman, que toute seule. C'est vrai que les indiens ont l'impression de contempler la decheance occidentale tous les soirs, entre les filles qui fument, les gens qui boivent des bieres, et qui se couchent tard (c'est a dire apres 8h du soir).
En ce qui concerne le taf, ca se passe plutot bien. Je rencontre tous les jeunes qui sont sortis d'Ashalayam dans les deux dernieres annes, et j'essaye de faire des stats et de degager les problemes auxquels Ashalayam fait face pour leur trouver du boulot.
Les enfants que je vois a l'ONG sont tous adorables. Un peu perdus quand ils arrivent dans ce nouvel environnement fait de contraintes et de regles. Ils ont le sourire, a part ceux qui retournent dans la rue pour sniffer de la colle. Il y a deux semaines, on a trouve une petite princesse de moins de deux ans dans la gare de Howrah. Belle comme un coeur, elle tend les bras a tout le monde. Il y en a combien qu'on ne trouve pas a temps et qui finissent dans d'autres bras beaucoup moins bienveillants????
La rue demeure toujours un spectacle completement delirant, avec ses bus fous qui crient "Howrah, Howrah, Howrah!", ces taxis jaunes qui accelerent quand vous traversez la route, ces mains qui se tendent en vous faisant le signe qu'elles veulent a manger. Je ne donne jamais rien. Je ne sais pas ou va l'argent. Et puis parfois, on ne sait pas pourquoi, on est emu par quelqu'un, un regard. Un ami dit qu'on differencie ceux qui sont dans les rue depuis un temps assez court de ceux qui sont la depuis tant d'annees qu'ils ont oublie qu'il existe autre chose: ceux la n'ont plus de regard. Ils sont la, comme des corps vides. Ils ne parlent pas, on dirait qu'ils ne pensent plus a rien. L'unique obsession de la journe, c'est de reussir a trouver suffisamment de grains de riz pour ne pas mourir aujourd'hui. Alors tout est bon. beaucoup fouillent les ordures qu'on vide sur les trottoirs, pour trouver le plastique et le metal qui pourront etre revendus pour quelques roupies. Des bidonvilles se construisent meme sur ces decharges. "Si l'on vit la ou on vide les ordures, on sera les premiers a les fouiller". Des familles entieres, vieillards et bebes compris, se retrouvent donc sur ces tas d'immondices.
A cote de ca, notre sentiment d'egalite bien francais, se heurte aux differences extremes entre l'indien de la rue, l'indien moyen (l'immense majorite), et l'indien riche. Quand on est riche ici, on est aussi tres tres riche en Europe. C'est vous dire, la difference de planete qui existe entre ces indiens la et le reste de leur pays. D'ailleurs, ils ne le voit meme pas. Leur regard ne voit pas litteralement ce qui se passe en dehors de leur milieu. Ils ne comprennent pas que des occidentaux, qui ont la chance d'etre nes en Europe, puissent s'interesser a des misereux, qu'ils considerent quasiment comme des animaux, non pas qu'ils les traitent particulierement mal, mais ils les ignorent. Pour les lecteurs des Enfants de la Terre, c'est exactement comme lorsqu'on bannit un membre du Clan et que les autres cessent de le voir. Pareil.
Nous sommes entre ces deux mondes, puisque notre argent nous permet de penetrer ce monde richissime, et nos valeurs, toutes nos pensees, nos regards, ne peuvent se detourner de la rue.
Sur un plan plus perso, aujourd'hui est un jour un peu triste avec le depart de Maman ce matin, et celui de tout le groupe de l"ESCP avec qui je travaille a Ashalayam, demain matin. Tellement de departs quand on est a l'etranger. Apprendre a dire au revoir, a rester en contact par mail, et puis apprecier le plaisir de se revoir.
Le 25 depart pour le Cambodge: tout me manque. Parfois, en passant sur Howrah Bridge le soir, ce sont les lumieres du Tonle Sap que je vois.
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